PRIX DU JURY LONGS-MÉTRAGES
LES RECOMMENCEMENTS d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter
Belgique, France | 2025 | documentaire | 1h27
Production : Clin d’œil films – La Huit | Coproduction : CBA
Al Moon mène une vie solitaire sur le territoire de la nation Yurok, en Californie. Entouré de violences et de menaces écologiques, des angoisses refoulées, liées à la période où il a combattu au Vietnam, refont surface. Poussé par le désir de se confronter à son passé, il amorce un voyage à travers le pays, se rapprochant ainsi d’un secret qui le hante depuis des décennies.
Ce film nous a profondément touchés. Sa beauté plastique, visuelle et sonore, sert un récit qui s’inscrit dans une double temporalité : celle des souvenirs douloureux d’un Amérindien, Al Moon, vétéran de la guerre du Vietnam, qui livre sa détresse sous la forme d’une introspection poétique en même temps qu’il traverse l’Amérique pour retrouver, non sans crainte, les survivants du troisième régiment d’infanterie de la compagnie Charlie. Durant ce voyage, deux rencontres intergénérationnelles lui permettent d’accomplir un travail de transmission libérateur qui s’achèvera par la révélation du secret qui le mine. Ce récit se tisse avec un autre fil : la menace qui pèse sur la communauté des indiens à laquelle appartient AI Moon dont le principal moyen de subsistance, la pêche des saumons, est en train de disparaître. Cette actualité, qui nous ramène à des questions écologiques d’ampleur, permet aux réalisatrices d’établir une correspondance métaphorique très réussie entre la difficile remontée des saumons qui meurent pour donner vie, et le travail de mémoire de AI.
AI a voulu ce film. Les réalisatrices lui ont offert avec générosité et humanité leur regard et leur écoute pour qu’il puisse déposer son histoire devant la caméra. Cette histoire interroge à la fois la difficulté à survivre aux blessures psychologiques laissées par la guerre et les conséquences des bouleversements écologiques sur la communauté amérindienne. Elle résonne avec acuité sur les situations que nous subissons toutes et tous aujourd’hui.
Le film est crépusculaire. Il nous renvoie à nos propres inquiétudes face à l’avenir de nos sociétés sans nous désespérer : les saumons, par leur mort, ne viennent-ils pas nourrir les rivières et permettre les recommencements de la vie ? Par son trajet presque initiatique, AI ne s’est-il pas libéré et autorisé, enfin, à vivre ?
Anne Alix, Hadrien Louis, Nathalie Luca, Laurent RaymondJury longs-métrages
PRIX DU JURY COURTS-MÉTRAGES
L’EAU ÉTAIT LÀ de Sophie Sherman et Némo Camus
Belgique | 2025 | documentaire | 15’
Production : Gsara
Un film tourné en 16 mm au Marais Wiels, à Bruxelles, un marais qui est apparu après la rupture de la nappe phréatique lors de travaux d’excavation pour un projet immobilier. Insectes, oiseaux et humains cohabitent dans ce refuge où le vivant et la magie semblent résister.
En une quinzaine de minutes, la réalisatrice et le réalisateur nous offrent une vision lumineuse d’un marais apparu en plein centre-ville de Bruxelles après la crise immobilière de 2008. Des promoteurs ont creusé à cet endroit pour construire un immeuble, puis n'ont plus eu les moyens de continuer. L’eau et la vie ont surgi alors et rassemblé les animaux et les habitants dans cet espace incongru.
« L’eau était là » est le témoignage de ces vies, poétiques et uniques. Nous avons été touchés par cette sensibilité, ces moments de vie des animaux et des humains cohabitant dans cet endroit, telle une oasis de biodiversité dans la ville. Du soleil sur la peau, des abeilles, des jeux d’enfants, un potager, des rencontres, le train qui passe à côté, des cygnes sur l’eau : des images simples mais lumineuses auxquelles le tournage en pellicule 16 mm donne une consistance onirique et un rapport au temps particulier.
Les paroles sont rares et désynchronisées de l’image, elles n’en apportent que plus de poésie. Aujourd'hui, le marais est menacé mais une communauté de résistance est mobilisée pour qu'il subsiste.
Merci à Sophie Sherman et Némo Camus pour leur travail sensoriel. « L’eau était là » nous offre l’espoir que d’un effondrement bancaire peut surgir la beauté, la nature et la lumière.
Mario Fanfani, Carole Filiu-Mouhali, José RoseJury courts-métrages
PRIX DU JURY EXTRA COURTS-MÉTRAGES
SŒUR de Céline Loriente
France | 2024 | documentaire | 3’07
Production : Céline Loriente
Un jour, Léo voit et entend des choses qu’il est seul à percevoir. Depuis, Zoé ne sait plus comment être sa sœur.
Quels sont les effets de la maladie mentale dans l'environnement familial ? Comment est ressentie la pathologie d'un proche chez les jeunes ? L'enquête sociologique jalonnée par ces questions rend compte des évolutions sociales régulièrement ignorées : les jeunes et les enfants sont aussi des aidants.
Le film ne se contente pas de reproduire une réalité sociale sous un angle scientifique neutre. Il est plutôt un geste de déplacement issu et à l'intérieur même du processus scientifique. L'œuvre finale est une proposition artistique transdisciplinaire, à la croisée de la danse et du documentaire de création.
Par le choix de l'espace physique qui devient scène, par cette forme de danse explosive, brute et urbaine proche du krump, Sœur est un cri, un appel à bousculer les dualités souvent présentes dans les sciences sociales classiques, à savoir, objectif/subjectif, corps/esprit, théorie/expérience, émotion/explication.
Dans ce sens, le film constitue un exemple d'un concept crucial, créé par le sociologue colombien Orlando Fals Borda : le « Sentipensante ». Ce terme désigne une approche à la connaissance qui refuse les oppositions avant mentionnées et qui permet d'intégrer à la fois la rationalité, la sensibilité et l'expérience vécue. Nous avons été touchés par cette création cinématographique puissante.
Milena Espinal, Patrice Le Gal, Oksana ChepelykJury extra courts-métrages
PRIX COUP DE CŒUR DU JURY EXTRA COURTS-MÉTRAGES
LINES BEHIND THE HORIZON de Pierre Gremillet
France | 2024 | expérimental | 8’07
Production : Pierre Gremillet
Lines Behind the Horizon est une exploration du littoral protégé de Coral, en Bulgarie, à travers un montage de fragments vidéos et d’interventions picturales, qui interrogent la ligne comme artefact. Graphique, narrative, géopolitique ou écologique, la ligne organise le regard et institue des frontières. Loin d’être neutre, elle est une construction anthropique et située. à Coral, les lignes du territoire s’inscrivent dans un contexte élargi par la proximité géopolitique de la guerre russo-ukrainienne. Le texte déploie une méditation sensible et inquiète sur la matérialité de l’horizon.
Le film pose la question à propos de notre futur possible en écho avec la réalité actuelle. Il construit un regard à propos de l'écologie et de la nécessité de survivre dans cet orage géopolitique. Les lignes comme les frontières séparent ou protègent. Le film est une invitation à lire entre les lignes.
Milena Espinal, Patrice Le Gal, Oksana ChepelykJury extra courts-métrages
PRIX DU PUBLIC EXTRA COURTS-MÉTRAGES
THE PLASTIC PROBLEM de Lucy Dabbs
Canada | 2025 | documentaire, animation | 3’23
Production : Lucy Dabbs
Le film raconte l’histoire d’une jeune fille poursuivie par du plastique. Mais un jour, la situation s’inverse : c’est elle qui se met à suivre le plastique, retraçant son parcours pour découvrir d’où il vient et où il finit par aller.
PRIX JEUNE PUBLIC COURTS-MÉTRAGES
SIGNAL de Mathilde Parquet et Emma Carré
France, Belgique | 2025 | animation | 16’44
Production : Vivement Lundi !
Claudie est passionnée par son métier pour le moins atypique : sonder l’espace à la recherche de signes de vie extraterrestre, dans l’espoir d’établir un contact. Absorbée par sa mission, elle perd peu à peu contact avec son entourage. À tel point que la réalité elle-même pourrait lui échapper…